On me confie souvent que la nudité est un frein.
Un obstacle. Parfois même une peur qui empêche de franchir la porte du Tantra.
Et je comprends. Je comprends parce que je n’ai pas oublié d’où je viens…
C’est une réaction profondément compréhensible dans une société qui oscille entre hypersexualisation et tabou du corps.
On montre tout.
Et en même temps, on ne montre rien.
On expose des images parfaites, fausses.
Mais on cache la vulnérabilité.
Alors la nudité devient soit spectacle, soit honte.
Rarement simplicité.
De la pétrification à la fluidité
Aujourd’hui, la nudité est pour moi l’état le plus naturel du corps humain.
Mais cela n’a pas toujours été le cas.
Pendant des décennies, il m’était absolument impossible de me mettre nue.
Je vivais complexée.
Enfermée dans le jugement de mon propre corps.
Aller à la plage n’était pas une partie de plaisir.
J’ai longtemps porté les “fameux” maillots de bain une pièce Décathlon.
Pas pour le style.
Pour me cacher.
Je voulais être invisible.
Mon corps ne se sentait pas en sécurité.
Et le corps réagit à la sécurité — et à l’insécurité —
bien avant le mental.
Aujourd’hui, je sais que ce n’était pas une question d’esthétique.
C’était une question de système nerveux.
De protection.
De survie.
Le jour où quelque chose a décongelé
Mon chemin de réconciliation avec mon corps ne s’est pas fait en un jour.
C’est le tantra, et d’abord le Massage taoïste sensuel qui a ouvert cet espace de guérison.
Petit à petit, j’ai cessé de lutter contre mon corps.
J’ai appris à l’écouter.
À le toucher avec douceur.
À respirer dedans.
J’ai appris à m’aimer, à aimer mon corps pour tout ce qu’il m’apportait
J’ai appris à me détacher du regard des autres.
Et un jour, quelque chose a changé.
La nudité n’était plus une menace.
Elle devenait un espace de liberté.
Aujourd’hui, cette réconciliation m’a menée à une fluidité que je n’aurais jamais imaginée.
Avec François Michel, nous organisons même des rencontres amicales sur la plage naturiste.
Pour la petite histoire, c’est d’ailleurs là que nous nous sommes rencontrés.
La vérité nue, annoncée d’entrée.
La fin du mensonge
Ce que je constate aujourd’hui, en accompagnant mes clientes, mes clients et surtout mes élèves en stage, c’est ceci :
La nudité est le seul état où le mensonge ne peut plus vraiment subsister.
Face à l’autre, nu(e), on ne peut plus tricher avec son titre social, ses vêtements, ses masques, ses certitudes.
Il ne reste que la peau.
Le souffle.
La posture.
La vulnérabilité.
Et cette vulnérabilité n’est pas faiblesse.
Elle est vérité.
Une vérité organique
La vie n’a pas besoin d’artifices pour être légitime.
Dans le Tantra, la nudité n’est pas une exhibition.
Ce n’est pas une provocation.
Ce n’est pas un outil de séduction.
C’est un contexte.
Un signal extrêmement clair envoyé au système nerveux :
“Tu peux relâcher. Tu es en sécurité.”
Le système nerveux autonome ne comprend pas les concepts.
Il comprend les sensations.
Le ton de la voix.
La douceur.
La lenteur.
La cohérence.
Quand le cadre est clair, respectueux, posé —
le corps peut sortir du mode survie.
Et quand il sort du mode survie…
il redevient vivant.
Décongeler pour redevenir vivant
Déposer les vêtements, dans un espace sécurisé,
c’est déposer une couche de protection symbolique.
Ce n’est pas s’exposer.
C’est s’autoriser.
S’autoriser à être imparfait.
S’autoriser à être organique.
S’autoriser à être humain.
On quitte la statue.
On quitte l’armure.
On quitte la stratégie.
On redevient un être de chair, de souffle, de vibration.
Et c’est là —
dans cette nudité acceptée, choisie, consciente —
que l’on rencontre sa vérité.
Pas une vérité mentale.
Une vérité organique.
Parce que la vérité ne porte pas de costume.
Elle est nue.
Simple.
Et d’une puissance infinie.
Virginie
